Adieu à la créativité avec l’IA générative : en sommes-nous si sûrs ?

18 juin 2024

Récemment, un dessin sur les réseaux sociaux a attiré mon attention et m’a poussé à réfléchir. Il montrait un homme se plaignant que l’intelligence artificielle (IA) lui ait volé son activité créative, lui laissant plus de temps pour les tâches ménagères. Il regrettait que les avancées de l’IA ne se soient pas concentrées sur ces tâches routinières, ce qui lui aurait permis de se consacrer pleinement à sa créativité.

 

L’IA générative, un allié technique au service de la créativité

 

Cependant, je suis convaincu que l’IA, et en particulier l’IA générative, libère notre potentiel créatif au lieu de le contraindre. Qu’il s’agisse de rédiger un rapport, de créer une peinture ou de composer de la musique, maîtriser des techniques et des styles spécifiques demande un apprentissage considérable, qui peut freiner l’expression de notre créativité.

Qui n’a jamais essayé de générer un rapport ou un article avec ChatGPT ? Sans une idée originale, ChatGPT produit souvent des banalités. Toutefois, les choses deviennent fascinantes lorsque vous fournissez des idées précises et un style rédactionnel particulier. Sa maîtrise linguistique permet alors une restitution claire et élaborée de vos idées. C’est un exemple parfait de complémentarité : l’humain se concentre sur la création, tandis que la machine s’occupe des aspects techniques.


Créativité et Technique : L’Harmonie entre l’Art et l’Automatisation

Prenons l’exemple de la peinture : certains critiquent les artistes qui utilisent l’IA pour générer des images, affirmant que leur travail est dévalorisé par l’utilisation de l’IA. Pourtant, c’est leur créativité et l’originalité de leurs idées, codées sous forme de « prompt », qui sont mises en valeur, la machine se chargeant de l’exécution technique. Créativité et technique sont ainsi complémentaires, permettant à ceux qui ne maîtrisent pas les aspects techniques de s’exprimer pleinement.

En tant que compositeur amateur, j’ai passé des années à étudier l’harmonie, le contrepoint, l’orchestration et les techniques de composition. Si ces compétences sont indispensables à l’expression créative, elles ne génèrent pas d’idées musicales par elles-mêmes.
Elles servent de grammaire et de vocabulaire pour traduire et développer nos idées dans un langage compréhensible. De la même manière que la maîtrise de la grammaire ne permet pas d’écrire un roman captivant, ce sont les idées originales et l’intrigue passionnante qui rendent une œuvre unique.

Pour mes compositions musicales, j’utilise un logiciel de notation musicale avec des fonctionnalités qui me font gagner du temps sur les aspects techniques, me laissant davantage de temps pour la création. Je compose des accords et des mélodies, puis je délègue parfois l’orchestration des accords au logiciel selon mes indications.

Ces tâches, bien que techniques et précises, sont chronophages. J’ai également développé une application iPhone pour l’harmonisation qui, à partir d’une mélodie donnée, suggère une séquence d’accords et une conduite de voix optimale, respectant des centaines de règles techniques. Cette tâche, qui ne demande pas d’intelligence mais une application minutieuse des règles, est très chronophage. J’ai ainsi automatisé ces techniques pour libérer plus de temps pour la création.

 

 


L’évolution des métiers et des compétences créatives à l’ère de l’IA

 

La question qui se pose aujourd’hui est celle de l’avenir des experts dans la réalisation technique : de la maîtrise du contrepoint, à la rédaction de beaux discours ou à la maitrise des techniques de la peinture.

Ces compétences, acquises après des années d’apprentissage et souvent une vocation, seront-elles encore valorisées demain ? Si les techniques peuvent être apprises par l’IA, quelle sera leur place ? Seront-ils chargés d’inventer de nouvelles techniques ? Dès que celles-ci seront formalisées, elles seront également maîtrisées par les machines. Je n’ai pas de réponse définitive, mais il est légitime de s’inquiéter de la disparition progressive de ces compétences uniques, souvent transmises par l’enseignement et l’étude approfondie de ceux qui en ont fait leur métier.

En fin de compte, l’IA et l’IA générative peuvent enrichir notre potentiel créatif, à condition que nous sachions les utiliser comme des outils complémentaires, nous permettant de nous concentrer sur l’essence même de la création : les idées.

Vous avez des questions ?
Contactez Franck DANSAERT
franck.dansaert@spinpart.fr

Voir aussi

La causalité : un prérequis pour faire parler la data

11 juin 2024

Tout est intrinsèquement lié : l’efficacité des processus repose sur une combinaison de facteurs qui s’influencent les […]

> Lire la suite

Open data dans les transports : à qui profite la transparence ?

24 novembre 2018

L’origine du mouvement « open data » se situe dans les milieux scientifiques, où des chercheurs ont voulu créer […]

> Lire la suite